Publié le Lundi 6 Octobre 2014 à

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Camps djihadistes en Ardenne: "C'était une partie d'airsoft à Villers-la-Ville avec de bons Belges catholiques", affirment deux participants

K. F.

Y. et H. ont participé à une partie d’airsoft, « pas un camp d’entraînement pour djihadistes ». Pourtant, fin de semaine dernière, leurs visages ont fait le tour du monde ou presque. « Nous n’étions pas dans en Ardenne mais à Villers-la-Ville. Et nous étions trois musulmans, tous les autres participants étaient des Belges de souche, des catholiques », nous affirment-ils.


Une banale partie d’airsoft, pas un entraînement au djihad, clament les deux «
combattants
».

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Une banale partie d’airsoft, pas un entraînement au djihad, clament les deux « combattants ».

«  Nous ne sommes pas des djihadistes !  » Ce cri, presque de désespoir, est poussé pas Y. et H., deux Bruxellois de confession musulmane de 33 et 22 ans, dont le visage a fait le tour de la toile, fin de semaine dernière. La presse flamande révélait l’existence, dans notre Ardenne, de camps d’entraînement pour la guerre sainte, en Syrie et en Irak, où opère la nébuleuse de l’État islamique (ou Daesh). Parmi les preuves avancées, une demi-douzaine de photos prises dans des bois où l’on voit des hommes en habit militaire, casqués ou cagoulés pour la plupart, et armés.

«  Sauf que c’était une partie d’airsoft  », précise Y., que nous avons pu interviewer. L’airsoft, c’est cette discipline qui consiste à simuler une bataille à l’aide de répliques d’armes à feu propulsant des billes en plastique. Un sport pour certains, une activité paramilitaire pour d’autres. «  Vous savez, je suis marié, j’ai un enfant, je travaille. Quand je fais de l’airsoft, c’est le dimanche pour décompresser de la semaine, pour avoir une activité physique. Pas pour faire la guerre  », déclare Y. «  J’ai une famille. La guerre, ça ne m’intéresse pas.  »

« C’était à Villers-la-Ville »

H., lui, préfère recadrer le contexte. «  Tout d’abord, on n’était pas en Ardenne. Mais sur un terrain privé à Villers-la-Ville, dans le Brabant wallon  », précise H. «  Ensuite, si on était un groupe d’amis, belges d’origine marocaine et musulmans, on était minoritaires parmi les participants. Tout au plus trois ou quatre. Les photos diffusées ont été prises alors que nous étions en train de réaliser une partie. Pas contre, mais avec des Belges de souche, de confession catholique…  »

D’où la surprise des deux hommes, lorsque les clichés ont circulé sur Internet et ont même été diffusés sur France 24, la BBC, iTélé… «  Nous sommes des passionnés d’airsoft. Le principe, c’est que des amateurs entrent mutuellement en contact et s’organisent pour jouer une partie, pour trouver un terrain, des participants…  », ajoutent les deux Bruxellois qui rappellent que parfois, entre 30 et 40 airsofteurs, de toutes origines, peuvent se retrouver. «  Des Russes, des Albanais, des juifs… On s’en fout : c’est la passion de l’airsoft qui nous rassemble ! C’est toujours dans un esprit bon enfant, ça se termine souvent par un barbecue…  »

Reste le profil du diffuseur des photos, Abd Al Wadoud Abu Daoud, très vite ciblé par les forces de l’ordre. «  Il a 17 ans, il a des prises de position un peu radicales, il est jeune. Pour ma part, je ne l’ai croisé sur des terrains d’airsoft que trois fois et on a eu quelques échanges sur Facebook. Sinon, c’est tout. Mais là à mélanger ses propos et une banale partie d’airsoft !  »

«  Au grand jamais, je n’aurais pensé qu’après quatre ans d’airsoft, j’allais me retrouver dans une telle situation ou qu’on allait m’accuser d’une chose à laquelle je suis totalement étranger  », avance H. «  Cette histoire a choqué mes amis. Mes propres amis, belges de souche. Et pas des convertis, entendons-nous bien ! Des personnes qui n’ont pas la même religion que moi. Dans le milieu de l’airsoft, j’ai une certaine réputation. Aujourd’hui, après cette histoire, tout le monde se détourne de moi, même dans le milieu…  »

Ce n’est pas tout. La confusion entre la partie d’airsoft dans le Brabant wallon et l’existence d’un camp d’entraînement en Ardenne a eu des répercussions jusque dans la vie professionnelle et familiale des deux témoins.

H., qui travaille comme agent de sécurité, a été remercié dès vendredi. « Je suis arrivé sur mon lieu de travail, un bureau d’assurances surveillé par mon employeur. Sur place, on m’a dit de repartir et de ne plus venir. » H. ignorait, ce lundi, s’il allait même pouvoir réintégrer sa société. « J’ai un contrat à durée déterminée et je suis en période d’essai. Avec ce qui s’est passé, on pourra me dire « merci » sans aucun problème ni justification. »

Sur internet, H. a également reçu des menaces de mort. « On a écrit qu’on allait me tuer comme un sanglier, vous vous rendez compte ? Tout le monde se méfie de moi alors que je n’ai rien fait. Mes propres collègues ne veulent plus me parler. Mes amis m’interpellent, me demandent ce qui m’arrive alors que je suis toujours resté le même. C’est une histoire de fou ! »

Y., lui, admet porter de temps en temps le kamis (une tenue traditionnelle musulmane). « Mais je ne suis pas un djihadiste. Cette histoire a pourtant mis le doute dans la tête de mes proches, même de ma propre femme ! »

« Je comprends ma famille, ceci étant », ajoute Y. « Elle se demande ce qui peut bien arriver maintenant : des descentes de police à la maison à 6h du matin ? Des nuits au cachot ? Tout cela alors qu’on n’a fait que pratiquer un sport. »

Muslims’ Rights Belgium, association qui lutte contre l’islamophobie en Belgique s’est en tous les cas saisie du dossier d’Y. et H. « Nous allons porter plainte auprès du Conseil de déontologie journalistique pour la publication de la photo d’Y. et H., ainsi qu’au Centre pour l’Égalité des Chances pour la déferlante islamophobe » qui a suivi la publication des premiers articles dans la presse néerlandophone.

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